Mise au vert

Préparation en vue de la MLS!

Sélection naturelle

SÉLECTION NATURELLE

Il était 21 h 45. Il faisait froid, mais qu’importe : on se réchauffait dans les chaumières, et ce n’était pas le foyer qui nous réconfortait, mais bien l’ordinateur personnel. L’Impact menait 2-1 à Torreón, au Mexique, ce qui lui donnait un avantage de quatre buts à un au total. Sur les blogues, on se demandait déjà qui achèterait les billets pour la demi-finale de la Ligue des champions, au Stade olympique, cet antre mal-aimé qui, tel Lazare, avait retrouvé la vie de si belle façon quelques jours auparavant.

Puis, quelques trop longues minutes plus tard, Santos Laguna, ce Caïphe impossible à raisonner, assénait trois coups qui replongeaient dans l’inertie l’enceinte de Taillibert, qu’un certain Sebrango ne ferait plus exploser de joie.

Il y a une dizaine de jours, à la même heure, les Rapids du Colorado, champions en titre de la Coupe de la MLS, s’apprêtaient à se frotter à ce même Santos Laguna, toujours armé de cet assassin au nom de génie, le scientifique du football. Carlos Darwin Quintero, l’auteur de deux de ces trois coups de couteau; les deux derniers, ceux qui nous avaient atteints en plein cœur alors qu’il n’y avait plus de temps au cadran.

Cette fois-ci, Quintero a été clément : il n’en a planté qu’un, le troisième d’un crime contre l’humanité de 4-1 dans un Dick’s Sporting Goods Park aux allures d’Estadio Corona tant il y avait des partisans mexicains au Colorado. La masse de fêtards vêtus de vert était assez imposante pour qu’on soit en droit de se poser une question s’appliquant tout aussi bien aux joueurs de l’équipe locale eux-mêmes : que faisaient-ils là?

Pour ce qui est des Rapids, la réponse est simple : ils sont champions de la Coupe de la MLS, dont la récompense, méritée grâce à un but contre son camp du FC Dallas, est un billet pour la phase de groupe de la Ligue des champions de la CONCACAF. Le tout après avoir terminé… au septième rang de la Ligue. Voilà le propre des ligues nord-américaines. La moitié des équipes ont la possibilité de gagner le championnat même si, comme les Rapids en 2009, elles ont été moyennes. D’ailleurs, à l’heure actuelle, le Colorado se retrouve encore en position pour faire les séries en vertu de la règle d’invitation des quatre meilleures équipes n’occupant pas l’une des trois premières places de leur conférence (un savant calcul vous permettra de comprendre que 10 des 19 équipes de la MLS seront des séries cette année).

Autre fait étonnant de prime abord, les Rapids ne semblaient pas arriver à la fin d’un cycle lors de leur victoire de l’an dernier. Généralement, dans les ligues avec plafond salarial, certaines équipes mettent tous les œufs dans le même panier pour une saison : celle où l’équipe atteint son apogée, où tous les éléments sont réunis pour gagner, et où on sait que bon nombre de ces éléments ne pourront être retenus au sein de l’équipe l’année suivante. Pourtant, la formation partante des Rapids, lors du match d’ouverture, était identique à celle de la finale de l’an dernier. Tous les principaux joueurs de l’équipe y sont demeurés, et ce n’est pas un cas unique en MLS. Après avoir gagné la Coupe en 2009, par exemple, le Real Salt Lake n’a apporté que des changements mineurs à son effectif. C’est donc dire qu’il est possible de construire un bon noyau de joueurs pouvant assurer une continuité au sein d’un club pendant une bonne période de temps.

Appliquer cette formule à l’Impact est toutefois un peu plus complexe puisque la CONCACAF ne choisit pas les participants à sa compétition continentale en fonction des ligues, mais bien des associations nationales. En ce sens, le cas de la MLS est particulier puisque des clubs américains et canadiens y évoluent, et les modalités de qualification sont différentes selon les pays. En pratique, cela signifie que si le Toronto FC terminait en première position du classement général cette année (je sais, j’exagère énormément), le club gagnerait le Trophée des partisans, mais non la place en Ligue des champions qui l’accompagne. Ce privilège serait plutôt décerné à l’équipe qui a terminé en deuxième position, à moins bien sûr que ce ne soit les Whitecaps de Vancouver (je dois vraiment cesser d’exagérer). Les clubs canadiens, vous l’aurez compris, ne peuvent se qualifier en Ligue des champions qu’en compétition nationale, c’est-à-dire le Championnat canadien Nutrilite.

Dans cette optique, l’Impact devra faire d’importants choix au cours de ses premières années de vie en MLS, mais une chose est certaine : le club ne doit pas voir le Championnat canadien comme une distraction. Les possibilités de quelques campagnes de misère sont somme toute assez élevées, ce qui signifie que le caractère significatif des matchs en MLS diminuera à mesure que la saison avance. Tenter à tout prix de se qualifier pour la Ligue des champions devient alors intéressant, puisque des matchs d’une grande importance pourraient avoir lieu, même au mois de septembre (et la semaine en soirée de surcroît, alléluia). Et quand on constate l’importance d’un bon noyau en MLS, faire grandir celui-ci en se mesurant à des cadors nord-américains devient d’autant plus alléchant.

Alors qui sait? Peut-être l’Impact poursuivra-t-il son évolution naturelle vers le statut d’aspirant à une couronne continentale tout en redonnant à Quintero, ce petit beagle, la monnaie de sa pièce.

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Une réponse à “Sélection naturelle

  1. Allez Mignane! 2011/09/28 à 14:40

    Très bon billet Monsieur Tremblay!

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